Histoire

Le Fort George de Tubuai a été construit par les révoltés de la Bounty, sous le commandement de Christian Fletcher, le 10 juillet 1789.
Patu hia e te mau orure hau o te pahi ra Bounty i raro ae i te faaterera’a a Fletcher Christian.

L’histoire des révoltés de la Bounty avec pour toile de fond le cadre paradisiaque des îles de Polynésie, va durablement nourrir les Arts et les Lettres. Elle fascine d’abord les artistes, Robert Dodd en 1790, The Mutineers turning Lieut. Bligh and part of the officers and crew adrift from his Majesty’s Ship the Bounty, William Hodge, [A] view of Maitavie Bay, [in the island of] Otaheite [Tahiti]. Puis elle inonde les romans d’aventures de Jules Verne, Robert Merle, Robert-Louis Stevenson, Sir John Barrow et la poésie anglaise de Lord Byron, The Island or, Christian and His Comrades. La version la plus célèbre est sans doute la trilogie de Charles Nordhoff et James Norma Hall qui servira souvent aux adaptations cinématographiques dont la version de Lewis Milestone, Les Révoltés du Bounty, avec Marlon Brandon dans le rôle de Christian Fletcher, achèvera de construire la légende des mutins de la Bounty.

Robert Dodd, The Mutineers turning Lieut. Bligh and part of the officers and crew adrift from his Majesty’s Ship the Bounty, Height: 46 cm (18.1 in); Width: 61.5 cm (24.2 in), 1790. National Maritime Museum, Greenwich, London.

Aussi est-il difficile de faire la part entre l’Histoire et la fiction. Le Journal de James Morrison, second maître à bord de la Bounty, est un des écrits qui éclaire le mieux la réalité historique du Fort. On y rapporte que le 8 juillet 1789, après un long et périlleux voyage en mer, les mutins atteignirent les côtes de Tubuai pour y jeter l’ancre.
Ce n’est que le 10 juillet 1789, que Fletcher Christian, lieutenant à bord de la Bounty se rendra à terre. Il s’agit de la deuxième tentative d’accoster à Tubuai, la première tentative aura été un échec que l’Histoire a retenu sous le nom de La Baie Sanglante. C’est donc déterminé à s’installer durablement à Tubuai que Fletcher et les 24 autres mutins arrivent à Tubuai et rencontrent le chef le plus puissant de l’île, Tamatoa. Le plus puissant car il est le plus grand propriétaire de terres de l’île de Tubuai, alors divisée en trois districts. Tamatoa offre sa protection à Christian et ses hommes et leur propose de lui offrir le terrain de son choix.

Carte extraite de Fragile Paradise, Glynn Christian, « He always took a part », p.138 © Glynn Christian

Malgré la grande générosité de Tamatoa, Christian déclinera son offre et lui préfèrera un terrain qu’il jugera plus favorable car moins marécageux et à l’abri du mont Taitaa. Ce terrain situé sur le district de Taaroa, fils du roi Tahuhuatama, est celui de l’ennemi de Tamatoa. Une erreur regrettable qui aura sans doute eu pour conséquence le départ précipité des mutins vers l’île de Pitcairn, trois mois après leur arrivée. Le choix de Christian est une des pires trahisons pour Tamatoa car la parole donnée a plus de valeur que l’écrit dans les coutumes polynésiennes. Pour comprendre cette incompréhension culturelle qui oppose Fletcher Christian et les rois des districts de Tubuai, il faut se rappeler qu’à cette époque,  » il semble que quiconque était accepté par le chef de groupement associé aumarae tupuna, soit par la descendance d’un des membres, soit par l’adoption (faaàmu), pouvait jouir de droits d’usage de la terre sur les territoires associés au marae tupuna« . (Tamatoa Bambridge, La terre dans l’archipel des Australes, p.37). Ce que confirme par la suite le Journal de Morrison en 1789 qui indique que le marae tupuna est très répandu, «chaque chef de famille a le sien, et il y a des offrandes et des prières fréquentes sinon régulières» (1966, p 61). Ainsi, en déclinant l’offre généreuse du roi Tamatoa, Fletcher Christian sans le savoir, insultait la famille du roi et ses aïeux.

Christian ignorant les coutumes, s’installe alors sur le terrain cédé par Taaroa, fils du roi Tahuhuatama et il ordonnera le jour même la construction du fort qu’il nommera Fort George par allégeance au roi George III, alors roi de Grande Bretagne et d’Irlande.

Allan Ramsay, King George III in coronation robes, Height: 236.20 mm (9.29 in); Width: 158.70 mm (6.24 in), 1765. Art Gallery of South Australia.

Le terrain aura nécessité un défrichement important avant sa construction. Le climat tropical humide de l’île de Tubuai ne déroge pas à sa réputation de « grenier de la Polynésie » et chacun sait que tout y pousse. Le Fort commandé par Christian Fletcher prendra la forme traditionnelle du fort colonial anglais avec sa palissade de bois. James Morrison consignera, a posteriori, les détails de sa dimension soit, un fort carré de 100 mètres de côté. Les murs faits de pieux de bois s’élevaient à une hauteur comprise entre 6 et 4 mètres. Un fossé sera creusé pour protéger l’enceinte de bois, il était d’une largeur de 6 mètres et d’une profondeur de 7 mètres.
On rapporte également qu’un pont-levis faisait face à la plage ou la Bounty avait jeté l’ancre. À chaque angle du Fort, on installa un des canons de la Bounty et à chaque côté, quatre canons à pivots, dont deux servaient de réserve en cas d’attaque.

Herb Kawainui Kane, Building Fort George, Tubuai, © Association Bounty Fort George Tubuai.

Le Fort George est longtemps resté à l’abandon avant d’être restitué aujourd’hui à sa propriétaire héréditaire, Anna Tetauru, qui œuvre pour sa reconstruction et sa mise en valeur, via l’association familiale Association Bounty Fort George Tubuai.

Les membres de l’Association Bounty Fort George Tubuai – Août 2020 © Association Bounty Fort George Tubuai

À la manière des mutins de la Bounty, un long travail de défrichement a d’abord été nécessaire avant d’engager les travaux de mise en valeur. Évidemment une reconstruction à l’identique parait bien utopique, d’abord parce qu’aucun écrit ne peut attester de ce qu’aura été véritablement le Fort George. Ensuite, victime du temps et de son temps, il ne subsiste aucun vestige du Fort George tel qu’il existait en 1789. Seules les notes de second maître à bord du Bounty, témoin visuel de sa construction, peuvent servir de base à une reconstruction symbolique comme le rapportent les historiens Alice J.Mayer et Owen Rutter, en préambule du Journal.

Pour ne pas oublier l’emplacement du Fort George, un panneau commémoratif a été installé en 2015 pour remplacer l’ancien panneau qui avait été offert par la National Geographic Society et qui a disparu parce que détruit lors d’un accident de la route.
En 2018, une partie du mur respectant les indications du Journal de James Morrison a été érigé. Il est fait à partir du bois local de Tubuai, le aito, autrement surnommé bois de fer. Il est réputé pour son caractère imputrescible et résistant.

Le Fort George étant une propriété privée, tous les travaux de reconstruction se font sur fonds privés. La Mairie de Tubuai, sensible à la démarche de la propriétaire a participé à l’élévation du mur d’enceinte pour mettre en valeur le patrimoine historique et culturel de l’île de Tubuai.

Partie du mur du Fort George, faite à partir de pieux de bois de aito, que l’on appelle communément bois de fer, casuarina equisetifolia et qui mesure environ 4 mètres. © Association Bounty Fort George Tubuai – Tous droits réservés.

Fort George

Taahueia, île de Tubuai – archipel des Australes, Tuhaa Pae en Polynésie Française.
E-mail : vaitiarec@yahoo.fr
Website : https://fortgeorge.home.blog

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